Puccini : La Bohème

Dimanche 19 novembre à 17h30 au cinéma L’Utopie de Sainte-Livrade-sur-Lot

Puccini : La Bohème

  1. Ouverture
  2. Genèse de l’oeuvre
  3. La leçon de chant de M.C.
  4. demandez le programme

1) Ouverture…

Vous vous êtes assis dans la salle, vous avez un peu attendu, regardé les autres spectateurs à gauche et à droite et jeté un coup d’oeil au programme. L’orchestre s’est accordé sur le la du hautbois. Les lumières se sont éteintes, puis vous avez attendu encore un peu, le chef est entré, applaudissements, il a serré la main du Premier violon, est monté sur son petit podium, a salué la salle, puis a pris sa position face à l’orchestre, en levant  sa baguette et  alors :

20 secondes, cette « ouverture » qui ne prend pas le temps d’en être une, ce lever de rideau orchestral ne dure que 20 secondes et aussitôt un personnage sur scène commence à chanter… Arrêtons-nous sur cette introduction musicale fulgurante. S’il vous plaît, ré-écoutez là : ce n’est pas moi, c’est le grand compositeur Stravinsky qui vous l’affirme : « Lorsqu’on l’écoute, la musique de Puccini est à chaque fois plus belle que la fois précédente. »

On ne peut que donner des éléments d’admiration, pas des éléments de compréhension et encore moins des explications… D’emblée, il y a ce groupe de notes graves, qui démarrent à contretemps et se précipitent vers encore plus bas. En un instant, en cet instant précis, vous êtes saisis, avertis « en un mot » que c’est un drame qui va se jouer. Mais ce motif de quatre notes qui tombent est repris très vite, sans aucune lourdeur, au contraire, en miroir, comme une réponse, par une succession d’instruments différents qui forment finalement une phrase ascendante ! Votre inconscient ne sait plus quoi penser : hésitant, comme s’il fallait d’emblée envisager le mélange des contraires, « en même temps » comme dit l’autre, chute et élévation . Restons-en à la description : Puccini indique sur première mesure de la partition des instrumentistes « ff » (double forte) et précise : « ruvidamente« , c’est-à-dire : jouez fort et sans ménagement, sans raffinement. Mais tout de suite après cette première phrase il y a bien d’autres nuances et de rapides changements d’intensité et de débit, qui sont typiques du phrasé de Puccini.

La partition de ce lever de rideau mérite un coup d’oeil : même sans lire toutes les notes ! Vous pourrez  voir  qu’il donne des indications précises  et observer que TOUS les instruments participent à cette brève ouverture ! En termes actuels on dit que Puccini utilise d’emblée toute les couleurs de sa palette, mais on peut aussi penser qu’il s’est donné cette contrainte formelle de composition : faire jouer en ce court laps de temps tous les instruments, même le triangle, si,si, et même tous les instruments ensemble sur un accord, mais bien sûr dans la nuance piano. et non pas forte…On peut ré-écouter en défilant les pages ci-dessous (ça va vite…). Allez :

Motifs brefs, changements brusques de couleurs, d’intensités et de débit, cette musique parle  le langage des émotions labiles et des affects passagers.  Mais elle est très réfléchie et savamment écrite : ainsi le petit motif synonyme de catastrophe qui est entendu en premier (podo-pom’pom’..  solsol-fa-fa si vous préférez) va revenir ensuite plusieurs fois se rappeler à nous avec ses sous-entendus et sa façon d’insister !

L’usage des motifs est particulièrement subtil dans Puccini : leur « sens » n’est pas toujours apparent ou explicite (mais les pancartes des leitmotive wagnériens non plus) et Puccini a l’art de jouer sur des variations, des modifications de tempo, des anticipations, des répétitions etc . Un exemple (un seul) : au moment où Mimi va entrer sur scène, on entend en arrière plan sur un tempo très distendu, comme dans un ralenti, ce qui sera peu après la première phrase de son fameux air (« on m’appelle Mimi »)

 

Une idée assez répandue consiste à croire que le  spectateur ressent des émotions parce qu’il s’identifie à tel ou tel personnage. L’expérience esthétique de cet opéra de Puccini incite plutôt à penser que le subconscient du spectateur (c ‘est à cette instance que la musique s’adresse) perçoit un flux global de sentiments,  relatifs au devenir de l’être humain en général et « distribué » dans les différents rôles. Intérêt non pas pour tel ou tel rôle, mais pour ce qui se joue ENTRE les personnages figurés. L’individu, vous, moi, ressent que la musique peut éventuellement évoquer des souvenirs émotionnels personnels mais trouve dans le rituel du  spectacle une forme distanciée du devenir commun. Le spectacle n’aurait jamais eu un tel succès mondial et durable s’il n’avait pas la puissance d’un mythe. L’histoire racontée, le petit fait divers, nous le connaissons avant même de l’avoir vu. Et c’est aussi la raison pour laquelle on peut réécouter plusieurs fois cet opéra. Il nous transpose en musique ce que le poète italien Dante Aligheri avait ainsi formulé:

Il n’est pire douleur que le souvenir du bonheur, au temps de l’infortune.


 

2) Genèse de l’œuvre

L’usage en français du mot « bohémiens » pour désigner les groupes nomades (tziganes) remonte au XVe siècle, en l’associant à ce pays lointain. Puis, au XVIIe est apparue l’expression « vie de Bohême »  à propos d’une personne menant une vie sans règle. Mais une orientation définitive du sens a lieu au début du XIXe, liée au mouvement romantique et l’expression qualifie à partir de là le mode de vie de certains étudiants ou artistes. George Sand rédige en 1838 un roman, dont voici la dernière page : on y retrouve déjà  des éléments significatifs de l’opéra qui sera joué pour la première fois en 1895 !

Si vous voulez consulter ou lire le texte entier, suivez ce lien. 

Peu après, en 1844 il y a Balzac, dont le récit « Un prince de la Bohême », est intéressant notamment parce que, comme souvent chez Balzac, il y est tout le temps question d’argent…. Cliquez sur cette phrase pour accéder au texte de Balzac (en pdf)

(deux courtes  citations extraites de ce récit :   « Je ne crois pas aux dénouements, […], il faut en faire quelques-uns de beaux pour montrer que l’art est aussi fort que le hasard; mais, […] on ne relit une œuvre que pour ses détails. »  et aussi « L’espoir est une mémoire qui désire, le souvenir est une mémoire qui a joui. »)

Mais le texte qui va réellement servir de référence à Puccini, « Scènes de la vie de Bohême » est le récit autobiographique  d’Henry Murger dans lequel apparaissent les personnages de Rodolphe, Mimi, Musetta etc. Sur Gallica, en cliquant ici, vous pouvez consulter l’édition illlustrée par André Gill

En voici une image, qui montre l’opposition des bohêmes aux bourgeois, lisible dans la tenue et le comportement :

Il y a eu une adaptation au théâtre à Paris; Puccini a travaillé avec ses deux librettistes GIUSEPPE GIACOSA et LUIGI ILLICA et cette ré-écriture concentre toute l’action en quatre « tableaux ». L’œuvre est relativement courte, tout est incroyablement ramené à l’essentiel.

Le livret est écrit en italien mais le titre est en français. « la Bohème » est en effet, comme le montrent les récits de Balzac et de Murger un phénomène typiquement parisien. Une des raisons peut-être aussi du succès de cet opéra à l’étranger : la représentation idéalisée de la vie parisienne. Ne pas oublier que Paris, en particulier dans la deuxième moitié du XIXe  attirait toutes les ambitions (pas seulement artistiques..). Nadar avait essayé de rassembler sur une lithograpie le cortège imaginaire  de quelques 240  écrivains réels ( image consultable et zoomable en cliquant ici)

et le dessinateur de presse Emile Cohl propose un défilé semblable  avec  les peintres de la fin du siècle

Mais ils auraient pu figurer aussi l’un ou l’autre la cohorte des innombrables acteurs et actrices, ou celle des musiciens ou encore celle des pseudo-étudiants…

La vie de Bohême à Paris s’est développé dans plusieurs quartiers successivement : pour commencer, dans le Quartier Latin, derrière l’école des Beaux-Arts, puis de l’autre côté de la Seine, sous le Second Empire du côté du Boulevard des Italiens, puis il y a eu le quartier de la butte Montmartre  et enfin, le Quartier Montparnasse… (puis Beaubourg, Bastille, etc, la vie continue)


 

3 ) Et maintenant, c’est l’heure de la leçon de chant.

Nous allons nous intéresser à un seul air, le premier air de Mimi (acte I), en français « on m’appelle Mimi… » Voici l’interprétation récente d’Angela Gherghiu,  ( profitez-en pour lire aussi les sous-titres en français…)

et voici la leçon de chant de Maria Callas, ou plus exactement les propos qu’elle tenait dans ses masterclasses à la Julliard School, tels qu’ils ont été notés, puis recueillis, puis traduits…

etc… pour ne pas avoir d’ennui avec l’éditeur, il vaut mieux arrêter là la citation (il y a encore deux pages.. Si cela vous intéresse on trouve le livre sur internet pour moins de 20 €…

Maria Callas n’a jamais interprété ce rôle sur scène ! L’une des raisons, et non des moindres, est qu’elle n’aimait pas le personnage (Mimi) ou plutôt qu’elle ne s’imaginait pas incarner une fille de ce genre, un peu trop « simple » et à qui il manque effectivement de la dignité et de la grandeur. Mais Maria Callas, bien sûr, comme son cours ci-dessus le montre, appréciait  et comprenait la musique composée par Puccini et les airs de Mimi ! Elle a donc  enregistré le rôle en studio (disque) et elle a plusieurs fois chanté en récital les airs principaux, notamment ce fameux  Si, mi chiamano Mimi.  Voici l’un de ces enregistrements :

(entre autres merveilles, le crescendo à partir de  « Ma quando vien lo scelo » à 2:40 atteint la perfection de l’expression de la passion, non ?)

Les amateurs d’opéra sont terribles : ils nous accablent de ce qu’ils ont vu sur scène et que vous n’avons pas connu. « Vous n’étiez pas à la Scala en telle année ? alors, vous avez tout manqué « . Ainsi, ceux qui ont vu et entendu Mirella Fremi nous disent que c’était « la Mimi du siècle ! » … on a envie de leur répondre: ah oui, le Vingtième, au temps des anciens francs.. car  en 2017, de nouvelles cantatrices nous enchantent à leur tour, avec de superbes voix elles aussi.. Mais il reste que cette Mirella Fremi , c’est vrai, avait une voix très pure, très claire et une allure très… mimi. (un détail : dans cet extrait, le ténor Luciano Pavarottti, qui intervient pour dire seulement un mot « Si » bat tous les records de tenue, de durée de cette simple note : Siiiiiii. un gros « si », à son image. RV à 1:20).

…tout ceci en attendant d’entendre (et de voir) Nicole Car en Mimi, avec Michael Fabiano dans le rôle de Rodolfo, tels qu’ils ont chanté le 3 octobre  à Covent Garden..


 

4) demandez le programme :

Boheme, le Programme

 Cliquez ci-dessus pour télécharger ce pdf : synopsis et distribution de la représentation donnée au Royal Opera House  le 3 octobre 2017. La version imprimée  sera donnée à la caisse du cinéma l’Utopie le 19 novembre.  Boisson sans alcool et collation offertes à l’entracte. Tarif: 12€

Pour finir, les 20 dernières secondes, sans commentaire (!) en laissant le dernier mot et le dernier vibrato au ténor Rolando Villazon… Puccini avoua lui-même avoir pleuré en écrivant la dernière scène, n’ayez pas honte si vous craquez vous aussi dans la salle  :